Le blog de la langue des oiseaux

  • Thibault Fortuner

L'école et le travail par la langue des oiseaux


@MuhammadDestaLaksana / 123RF

L’étymologie est la première étape lors de l’étude d’un concept par « la langue des oiseaux ». Il s’agit de regarder l’origine du mot, afin de saisir le message qu’il véhicule inconsciemment dans notre mémoire…

Ecole

L’étymologie latine et grecque de « école » est : loisir ; arrêt du travail.

A l’origine, l’école évoque donc un lieu de loisir. Elle porte ainsi intrinsèquement une notion de légèreté et de joie. Si l’on considère que l’école est également un lieu d’étude, son étymologie nous rappelle donc que cela ne peut se faire sans plaisir ; qu’un apprentissage sans joie et enthousiasme ne peut être un bon apprentissage.

Repenser l’école passe donc par comprendre la notion de loisir.

  • En négatif : le loisir peut être perçu comme un plaisir superficiel. L’origine du mot, nous invite donc à prendre garde de ne pas faire de l’école un endroit où il s’agirait uniquement de se divertir et de vivre des plaisirs superficiels voire futiles, même s’ils y ont également leur place.

  • En positif : la définition nous précise que le loisir est une activité faite sur son temps… libre. Le loisir est donc lié à la notion de liberté… L’étymologie du mot « école » nous invite alors à considérer celle-ci comme un espace de liberté pour l’enfant.

  • De plus, le loisir représente l’instant où nous allons faire ce qui nous comble, ce qui nous ressource… L’étymologie nous invite de fait à penser l’école comme un lieu où l’on aiderait l’enfant à aller par lui-même vers ce qui l’intéresse, ce qu’il aime, lui, avec la liberté de changer ou de faire évoluer son désir et ses centres d’intérêts au fur et à mesure du temps et de ses expériences. L’école doit donc enseigner à l’enfant à s’écouter, afin qu’il puisse déterminer par lui-même ce qu’il veut faire.

En somme, d’après l’étymologie, l’école devrait donc être un lieu d’étude et d’évolution guidés par l’enthousiasme propre de chaque enfant. Cet appétit à apprendre peut survenir :

  • car un enseignant parvient à susciter chez l’élève le goût d’apprendre quand il lui enseigne ou fait découvrir une matière.

  • car le système scolaire est à l’écoute de l’enfant et son rythme propre ; qu’il le laisse, librement, déterminer et aller vers ce qui l’intéresse tout en l’assistant, au besoin, afin qu’il puisse réaliser ce qui lui parle à ce moment-là de sa vie. Dans ce contexte, l’enseignant peut être amené à enseigner également des matières moins plaisantes mais que l’enfant apprendra avec entrain et discipline s’il en comprend l’utilité concrète pour lui, dans son projet.

En observant le développement naturel du bébé puis de l’enfant, on se rend compte qu’apprendre en passant par le plaisir est la norme. C’est quand ils peuvent respecter leurs rythmes et leurs inclinaisons naturelles qu’ils progressent le plus vite. Il est d’ailleurs fréquent de voir des parents s’émerveiller de l’avance et des progrès rapides que font leurs enfants dans tel ou tel domaine, parce qu’ils s’y sont pleinement consacrés : marcher, escalader, parler, épeler les lettres, lire, compter, faire telle ou telle activité ou sport…

Le plus souvent, c’est lorsque que l’on s’éloigne de l’essence de ce qu’est l’école, c'est-à-dire quand l’enfant apprend sans joie, sans envie, sans y trouver d’intérêt, qu’il éprouve des difficultés à progresser jusqu’à parfois stagner voire même régresser. C’est quand il ne peut plus s’écouter ni suivre ses désirs profonds de l’instant, pour n’obéir qu’à des injonctions extérieures, qu’il peut avoir du mal à apprendre et, plus tard, en grandissant, à déterminer ce qu’il aime, ce qui est important et ce qu’il veut faire.

Il est à souligner que la rapidité, la facilité et la soif d’apprendre reviennent généralement vite chez ceux qui reprennent des études sur le tard pour le plaisir ou parce qu’ils ont enfin découvert ce qu’ils souhaitaient faire… Ils se reconnectent alors à l’essence même de ce qu’est l’école : le loisir, le plaisir, la joie…

Sauver l’école passera alors par remettre de l’enthousiasme dans l’apprentissage en permettant aux enfants de faire ce qui représente de l’intérêt pour eux. Mais, quand un enfant progresse vite et bien dans certaines matières, il faut également être vigilent à ce que ce soit parce qu’il trouve cela intéressant pour lui-même et non parce que l’intérêt qu’il y trouve est celui de satisfaire ses parents, de ne pas les décevoir ou d’éviter une punition.

Travail

Nous allons à l’école pour pouvoir ensuite travailler… Il peut donc être important de comprendre ce que véhicule le mot « travail » dans l’inconscient.

L’étymologie latine de « travail » est tripalium : torture.

Elle renvoie donc à la notion de souffrance. Ainsi, demander à quelqu’un de travailler revient, inconsciemment, à lui demander de vivre une torture, de souffrir. Nous pouvons comprendre pourquoi il est si difficile pour beaucoup d’enfants ou d’adultes :

  • d’aimer travailler ;

  • de faire un travail de ce qu’ils aiment.

En effet, exercer un « travail que l’on aime » revient dans l’inconscient à faire de ce que l’on aime une torture, une souffrance.

L’étymologie de travail renvoie également à : immobiliser et contraindre.

Le travail est donc lié, dans l’inconscient, à la privation de liberté. Demander à quelqu’un de trouver du travail revient alors à lui demander de trouver ce qui va l’enfermer, le limiter.

On comprend que certaines personnes aient des difficultés avec le travail : difficultés pour en trouver, pour s’y mettre etc. Dans ce cas de figure, Il peut être intéressant de chercher les mémoires de prisonniers ou d’enfermement réel ou symbolique. Dans ce genre de problématiques, il peut y avoir une véritable crainte de perdre sa liberté et certains pourront aussi se tourner vers d’autres activités sans rapport avec cette notion de travail telles que les arts. (L’exemple du travail est approfondi dans le livre « L’être et les maux par les mots et les lettres » tome 1)

De l’école au travail

Dans notre société, nous passons l’essentiel de notre temps d’enfant à l’école puis celui d’adulte au travail… Il y a donc l’étape « école » puis l’étape « travail »…

  • Etymologie d’ « école » : loisir

  • Etymologie de « travail » : souffrance.

Les étymologies de ces deux mots, véhiculent donc le message que :

  • l’enfance est le moment où nous vivons le loisir, la joie et la légèreté (l’école) ;

  • l’âge adulte est le moment où nous allons souffrir (le travail)

Ces deux étapes proposent ainsi à notre cerveau l’équation folle :

  • pour ne pas souffrir, il faut rester à l’école ; rester enfant, ne pas grandir

  • pour cesser de souffrir et retrouver la joie, il faut retourner à l’ « école » donc… dans l’enfance.

Une chose importante qui différencie le stade adulte de celui de l’enfance est le concept de responsabilité. Cet axe école-travail peut donc être porteur de l’injonction inconsciente de ne pas grandir, de ne pas prendre ses responsabilités et plus tard, face à un problème, une tendance à sans cesse rejeter la faute sur l’autre pour éviter de prendre sa propre responsabilité.

Il est aussi possible de voir dans cette injonction à ne pas grandir pour ne pas souffrir, l’infantilisation croissante de notre société :

  • qui nous dit de plus en plus quoi faire ou penser par des émissions de télé ou de radio, des modes, des sondages, des lois, des publicités (exemple de slogan : manger 5 fruits et légumes par jour / ne pas manger trop gras trop salé trop sucré…)

  • qui nous invite à ne rechercher uniquement qu’un plaisir superficiel voire futile (qui est l’aspect frein de l’étymologie du mot « école ») comme la consommation à outrance sans chercher à découvrir et accomplir ce qui nous met en joie profondément (qui est le côté moteur de l’étymologie du mot « école »)

Les devoirs à l’école

L’étymologie de « travail » renvoie à : contraindre. « Travailler à l’école » signifie donc contraindre à l’école… On peut donc comprendre la notion de « devoir » associée à celle d’école.

Quand on parle de « devoir à l’école », on associe donc, inconsciemment, dans le cerveau de l’enfant la notion de devoir, de contrainte à celle de plaisir et de loisir. On peut donc comprendre :

  • la perte de désir d’apprendre, la perte d’envie d’aller à l’école, pour beaucoup d'enfant, au fil de leur scolarité.

  • la difficulté qu’éprouvent certains enfants et adultes à déterminer et exercer ce qu’ils aiment, ce qu’ils souhaitent faire ; ce qui les animent dans la vie ;

  • la difficulté qu’ont beaucoup de personnes à s’autoriser à prendre du plaisir puisque, inconsciemment, depuis l’enfance, on enseigne que le loisir (école) est associé au devoir, au labeur et à la souffrance (travail) ; « qu’il faut faire ce qu’on doit et non ce qu’on aime ».

« Travaille bien à l’école »

ou comment créer une société « schizophrène » en diffusant des messages paradoxaux

Quand on reprend les étymologies :

  • école = arrêt du travail ; loisir

  • travail = torture ; souffrance

Cette phrase est importante car elle est serinée chaque jour à l’enfant et souvent posée comme condition pour obtenir une récompense, par certains parents.

Or, par l’étymologie de chacun des mots, elle contient, inconsciemment, des injonctions incohérentes, absurdes sinon dangereuses. En disant « travaille bien à l’école » à l’enfant, on dit inconsciemment :

  • « travaille » à « arrêter de travailler » ; « travaille » pour « arrêter de travailler »

  • « souffre (travail) pour arrêter de souffrir ou pour ne plus souffrir (école) »

  • « souffre (travail) dans ce qui te procure du plaisir ou dans ce que tu aimes (école) ». Il peut donc y avoir une injonction inconsciente à culpabiliser de prendre du plaisir ou de faire ce qu’on aime. Une confusion entre, ce que l’on aime et souffrance peut survenir chez l’enfant avec la croyance que pour expérimenter l’un il faut obligatoirement vivre l’autre.

Cette contradiction s’accentue quand on y rajoute : « travaille à l’école… pour avoir un bon travail plus tard ». L’incohérence du message est alors renforcée puisqu’on dit inconsciemment à l’enfant :

  • Souffre (travail) dans tes loisirs, dans ce que tu aimes (école) pour pouvoir souffrir (travailler) plus tard…

De même « aller à l’école pour pouvoir avoir un travail » renvoie dans l’inconscient à la sommation paradoxale :

  • se faire plaisir (école) pour pouvoir souffrir (travail)

  • arrêter de travailler (école) pour pouvoir travailler.

De plus, étymologiquement :

  • l’école est liée à la liberté, les loisirs étant eux-mêmes associés au temps libre.

  • le travail est synonyme de privation de liberté puisque son étymologie renvoie aux notions de contrainte et d’immobilisation.

« Aller à l’école pour avoir un travail plus tard » ou « travailler à l’école » peut alors être source d’ambigüité puisque cela sous-entend :

  • « Etre libre (école) pour perdre sa liberté » (travail)

  • « Perdre sa liberté (travail) pour l’obtenir » (école)

Nous retrouvons alors une confusion entre « liberté » et « contrainte ». L’enfant peut alors imaginer (ou croire) que la liberté n’est possible qu’à la condition de s’en priver ou d’en priver l’autre.

Dans un sens plus productif, nous pourrions également y lire qu’en société, pour pouvoir vivre les uns avec les autres, la « liberté » s’accompagne de « contraintes, de limites, de règles ». Nous sommes alors dans le transposé de la phrase : « la liberté des uns s’arrête là où commence celles des autres », que l’on peut écrire également dans l’autre sens : « la liberté des autres s’arrêtent là où commence la mienne ».

De plus, il est du reste possible de trouver une logique à cette phrase. En effet, à l’origine, l’école était considérée comme un loisir par la majorité des enfants puisqu’elle permettait à beaucoup d’entre eux de ne pas aller faire un travail difficile (au champ par exemple)…

« Travaille à l’école » peut donc envoyer le message : « souffre (travaille) maintenant pour arrêter de souffrir (école) plus tard ». Elle était alors le transposé de l’espoir, que pouvait représenter l’école pour certains, de pouvoir s’extraire d’un milieu social difficile pour en rejoindre un autre plus confortable. Nous pouvons également y voir une allusion à la retraite qui est apparue en France, sauf erreur de ma part, dans la même période que l’école obligatoire (fin 19e début 20e) : « travaille et souffre maintenant pour te consacrer à tes loisirs (école) plus tard »

L’école doit donc être le lieu qui permet à l’enfant d’évoluer et de retrouver de la liberté pour pouvoir emprunter le chemin qu’il souhaite et non celui que sa famille ou la société lui impose.

Enseignements de la phrase : « travaille bien à l’école »

Repenser l’école passe alors par sortir de la croyance que seule la torture permettra de vivre l’évolution et la joie. Il peut donc être important d’interpréter autrement cette phrase pour voir ce qu’elle peut porter comme enseignement ou comme précision.

En médecine, la notion de travail est utilisée pour désigner la première phase de l’accouchement. Il est donc lié symboliquement au concept de « donner naissance ». Bien qu’il continue à être porteur de l’idée de souffrance, celle-ci n’est pas gratuite mais a pour but de nous permettre d'accoucher de ce qui est viscéral en nous, de ce qu’on aime le plus au monde.

En transposé, le bon travail est donc celui qui nous permettra de donner naissance à ce qui est essentiel et à ce qui deviendra le centre de notre monde.

« Travailler à l’école » prend donc un tout autre sens, cette phrase nous invite à : « donner naissance (travail) à ce qu’on aime (école) ». Le rôle de l’école sera alors d’aider l’enfant à découvrir ce qu’il aime, ce qui est central pour lui, ce qui fait sa particularité et son unicité, afin qu’il puisse les réaliser et leur donner naissance.

Par ce biais, l’école doit alors prendre garde :

  • à ne pas contraindre et limiter (travail dans le négatif) les enfants pour les façonner à une image éloignée de ce qu’ils sont ;

  • à ne pas faire des enfants, des copiés-collés les uns des autres, interchangeables et donc jetables, en prodiguant à tous le même enseignement et de la même manière sans prendre en compte la spécificité de chacun.

L’école peut alors, à la fois, apporter un socle commun de valeurs essentielles aux interactions sociales et au vivre ensemble, tout en offrant à chacun la possibilité de cultiver sa différence, afin qu’il puisse ensuite l’offrir à la société et au monde.

Dans la vie, donner naissance à un enfant s’accompagne de souffrances et de contraintes : le travail. En transposé, l’enfant (ou l'adulte) qui donne naissance à ce qu’il aime peut donc avoir à passer par la case « travail ». Il peut donc avoir la croyance que pour y parvenir, il faut nécessairement passer par la case « souffrance » (travail dans le négatif).

Mais, quand une femme accouche, elle met au monde une partie d’elle-même, un être qui sera essentiel à sa vie et non à quelqu’un qui l’indiffère. Comme l’étymologie de « travail » est « contrainte », « travaille à l’école » peut donc enseigner quelque chose de plus positif : il est important de faire des efforts, d’avoir une certaine discipline (qui est une forme de contraintes), pour pouvoir réaliser ce à quoi on aspire.

Cette discipline et cette persévérance sont, présentes physiologiquement chez le bébé et l’enfant qui grandissent, quand ils souhaitent réussir une chose essentielle à leurs yeux (exemple l’apprentissage de la marche). Le danger apparait si on leur impose des règles visant à les faire rentrer dans un moule et à les rendre conforme à la « norme ».

L’école peut donc être le lieu où l’enfant apprend la discipline, l’opiniâtreté pour réaliser ses aspirations profondes et non ce qui n’a pas d’importance à ses yeux. A cette condition, cette phrase : « travaille à l’école » peut être juste. Il ne s’agit donc pas d’éliminer l’effort, la contrainte, la persévérance et la discipline de la vie de l’enfant… mais de lui enseigner de ne les accepter uniquement s’ils lui permettent d’avancer sur le chemin de ses rêves.

Bonus

Il est intéressant de constater que les personnes qui souhaitent réussir et vivre de ce qu’ils aiment emploient rarement le mot « amour » mais plutôt le mot « passion » :

  • « Je veux vivre de ma passion »

Cette inversion est autant employée dans le travail que dans l’amour. Or comme beaucoup le savent, l’étymologie latine du mot passion est également : souffrance.

Ainsi, en remplaçant le mot « travail » par le mot « passion », on perpétue le schéma et la confusion en demandant, inconsciemment, à vivre une souffrance.

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