La langue des oiseaux

La langue des oiseaux est l’étude des sens cachés des mots. Elle permet de saisir et comprendre les sens profonds d’un mot, d’une identité, d’une pathologie, d’un concept…

Personne ne sait exactement pourquoi elle est appelée « langue des oiseaux » ni vraiment d’où elle vient. Plusieurs hypothèses ont été avancées mais aucune n’est avérée. Certains voyaient en l’oiseau un trait d’union entre le ciel et la terre. Il pouvait donc être considéré comme un messager divin venant chanter des chansons dont les paroles échappent aux humains. 

D’autres pensaient qu’à l’origine cette langue s’appelait la « langue des oisons » et qu’elle avait été créée par une confrérie secrète liée aux bâtisseurs de cathédrales afin de crypter des connaissances.

Si nous ne connaissons pas son origine de manière certaine, nous savons que c’est un système qui a été utilisé par les mystiques comme les soufis, les alchimistes et d’autres pour crypter des textes et les rendre hermétiques au commun des mortels.

Cette langue a également été utilisée par des auteurs pour masquer la dimension ésotérique de certaines œuvres ou, plus pragmatiquement, par les commerçants pour créer leurs enseignes ou les noms de leur commerce. Par exemple l'hôtel se nommant : "Au lion d'or"... Au lit on dort.​

Pourquoi étudier le sens caché des mots [1]

Pour comprendre l’intérêt qu’il peut y avoir à analyser et à saisir les sens cachés des mots d’un concept, il est crucial d’être conscient que les mots forment les pensées qui peuvent devenir des croyances qui seront, à leur tour, à l’origine de comportements et réactions de par le monde. Les mots sont donc à l’origine de nos actions dans le monde mais aussi de nos croyances qui peuvent donc se transmettre et se propager avec les comportements et réactions qui leurs sont liés. Les mots ne reflètent et décrivent donc pas seulement la réalité, ils la construisent.

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C’est pourquoi, si la signification d’un mot est pervertie ou si nous ne les utilisons pas à bon escient, notre pensée pourra en être biaisée et notre croyance et nos actions aussi.

Cela pourra également engendrer une paralysie de la pensée, un « bug » du cerveau qui bloquera toute possibilité de réflexion et donc d’action et d’évolution.

 

Par exemple

Lors de la guerre du Golfe, les alliés ont remplacé la notion de bombardement par la notion de « frappe chirurgicale ». Or, les bombardements renvoient à des destructions et des morts brutales tandis que les « frappes chirurgicales » parlent de chirurgie donc de précision, de médecine et de vie… Ils ont donc inventé le concept de frappe qui donne la vie ; de frappe qui guérit… Ainsi, dans l’inconscient de chacun, au lieu d’évoquer la mort et la destruction grossière, ils évoquent la vie, la guérison et la finesse… De cette manière, en ayant vidé les mots de leur substance, en ayant remplacé un mot à consonance négative par un mot à consonance positive, ils ont paralysé le cerveau. Grâce à ce tour de passe-passe sémantique, la violence a donc été rendue invisible. Elle a été supprimée et effacée de la guerre qui était menée. Cela a donc permis de rendre acceptable aux yeux de l’opinion quelque chose qui aurait pu la heurter. De plus, en imposant cette nouvelle terminologie dans les médias, les éventuelles oppositions ont pu être muselées. En effet, privées des mots qui auraient pu décrire l’horreur derrière ces actions, elles ne pouvaient donc plus interroger la pertinence réelle de les perpétrer.

 

Autre exemple

Dans le monde de l’entreprise : les « plans de licenciement » sont maintenant appelés des « plans de sauvegarde de l’emploi »… Là encore, un mot négatif porteur de violence et de souffrance (licenciement) est remplacé par une notion positive (sauvegarde de l’emploi) qui occulte la violence et l’horreur de la situation. Par ce stratagème, les cerveaux sont parasités et il devient impossible ou compliqué de penser l’événement et donc, éventuellement, de s’y opposer. En effet, se dresser contre un « plan de sauvegarde de l’emploi » renvoie dans l’inconscient à ne pas vouloir sauver ces emplois et donc, par extension, à souhaiter les détruire. Aux oreilles de ceux qui écoutent et qui sont moins impliqués ou concernés par l’histoire, l’opposant à ce plan devient donc automatiquement le « méchant. »[2]

 

Revenir aux mots, à leur origine (première étape de la LDO), permet de prendre conscience de leur sens premier et profond et de nous libérer de certains blocages que leur mauvaise utilisation a engendrés. La langue des oiseaux peut également nous permettre de comprendre certains concepts autrement, afin peut-être, de faire évoluer notre manière de penser, nos croyances et donc nos actions…

De même, si nous souhaitons voir un changement dans le monde ou simplement dans notre vie, il peut être important de repenser et de prendre conscience de ce que véhiculent inconsciemment certains mots pour être parfois capables de remettre en question la signification qu’ils ont acquis au fur et à mesure du temps et ainsi s’en libérer ou les appliquer autrement pour leur redonner tout leur sens.

D’autres exemples sont détaillés sur ce site dans le blog de la LDO :

- la perfection

- l'école et le travail

- la compétition 

- l’amour

- la maladie

- ...

 

[1] Cette partie est issue du livre "Des pensées d'argent"

[2] Si cela vous intéresse, il existe de nombreuses vidéos sur Internet du cofondateur de la coopérative d’éducation populaire (entre autres) Franck Lepage qui vulgarise et explique bien ce mécanisme et détaille de nombreux exemples.